R103-8) Installé sur un des barreaux de l’échelle
            (D’après : « Comment vont tes poulets ? ». Échelle, poules, discussion, ancêtres)

Installé sur un des barreaux de l’échelle qui mène aux cages, pattes enfouies sous le ventre, j’écoute, sans conviction, les arguments de mes frères faits de raclements de gorge, de faux-départs de chant, de mouvements brefs des ailes, du cou, des pattes. 

La discussion, comme souvent, traite des ancêtres et de la place qui doit leur revenir dans notre espace de vie. Soubresauts nerveux, gloussements, ébrouements irrités, les points de vue divergent, les crêtes se dressent, se gonflent, rougissent. Quelques-uns grattent la terre, s’abîment, soudain pensifs, dans l’examen des écailles de leurs pattes. La discussion traîne en longueur. On se perd en arguties, mais sans conviction, comme par obligation. Une légère torpeur finit par envahir les esprits. Mais vient le signal libérateur d’une ponte imminente. Le présent soudain reprend ses droits. Je me dresse et exécute quelques battements d’ailes, imité par mes voisins. Quelques-uns partent à la chasse aux vers. Les œufs qui s’annoncent viennent balayer les palabres oiseuses, les discours péremptoires. Chacun sent bien qu’une partie du problème d’un coup s’est évanoui, sans qu’il soit besoin même de le souligner. On respire. Une porte est ouverte. Libre aux esprits des ancêtres de venir y passer une tête.