R103-10) Ici on ne se salue que pour mieux s’oublier
            (D’après : « Tu ne connais pas ton voisin ». Saluts, disparition)

Ici on ne se salue que pour mieux s’oublier, pour mieux se confirmer mutuellement que la disparition de chacun suit son cours. 

Car chaque salutation (surtout la plus impersonnelle, la plus distante, celle qui ne s’exprime que par un signe à peine perceptible) mord un peu sur le corps de l’autre, le prive d’un peu de sa concrétude.

Aussi est-ce avec une certaine jubilation que s’effectuent ces politesses, dont la discrétion même est l’assurance d’un effacement plus certain de l’autre —qui pourtant s’emploie de son côté, avec la même furtive ardeur, à un travail de sape tout aussi méticuleux.