R103-9) On vient de loin
            (D’après : « La vie est faite pour être partagée ». Mystère, couteau, foule)

On vient de loin pour tenter d’arracher une bribe du mystère. Des jours, des semaines de voyage. Et une fois sur place, c’est la foire d’empoigne, il faut affronter cris, insultes, bousculades, avec leurs lots de morts qui sont, chacun le sait, la rançon à payer. 

D’autant que ça n’est qu’au couteau que le mystère se laisse entamer. Seule une lame aiguisée (mais pas trop longue, pas plus d’une main, c’est la règle) peut trancher dans cette matière invisible et dont on ne sait rien —à part justement cette façon unique, et depuis toujours inchangée, qu’on a de la dépecer. 

Et chacun, après avoir joué des coudes, écrasé ses semblables, perdu parfois un des siens, s’en retourne chez lui, avec dans sa sacoche un morceau, sans contour bien visible, de cette masse indéfinissable, fabuleuse, incognoscible, dont personne ne sait ni l’origine ni le devenir, et dont le filon ne semble pas même diminuer, malgré ce que depuis si longtemps on lui ravit.